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Echange de dépouille à Crest : De l’autre côté du scandale

Dans les métiers du funéraire comme dans l’opinion publique, il existe un principe inébranlable, un préjugé à la peau dure : La famille a toujours raison. Cette idée reçue a trouvé une formidable démonstration dans le traitement par la presse de l’affaire de l’échange de corps survenue ce lundi à Crest (Drôme).

Une couverture médiatique étendue

Sacré histoire. De quoi, sans nul doute, assouvir la soif de divertissement des lecteurs assidus de la page des faits divers des journaux numériques régionaux. Le mercredi 5 août, vers 14h30, sur le site du journal Le Dauphine Libéré a été publié un court article concernant un scandale dans le milieu funéraire de la petite ville de Crest, dans le Drôme. Lors d’une veillée funèbre, une famille a réalisé que le corps exposé n’était pas celui de leur proche, mais d’un total inconnu. Par inadvertance, la dépouille avait été échangée lors d’un transfert entre les deux funérariums de la ville, suite à la décision de la famille de changer d’entreprise de pompes funèbres pendant la conservation du corps.

Après la publication de l’article du Dauphine, les papiers se sont multipliés: avant que le soleil ne soit couché, les journalistes de France Bleu mettaient déjà en ligne une déclaration du frère du défunt, indigné et furieux contre les deux agences impliquées. L’information a ensuite été reprise par RTL, Le Parisien, l’Express, et bien d’autres journaux web. Dans la majorité de ces articles, la parole est donnée à la famille. En revanche, l’autre version de l’histoire, celle des pompes funèbres, a été largement négligée. Jusqu’à maintenant.

Crest pompes funèbres

L’erreur

Les cas des deux défunts présentaient de surprenantes similarités : Tous deux s’étaient suicidés – l’un par pendaison, l’autre par ingestion de médicaments. Tous deux avaient à peu près le même âge – fin de la quarantaine – le même gabarit, des traits similaires. Leurs morts presque simultanées relevaient d’une coïncidence folle et représentaient déjà une confusion en puissance.

Les deux dépouilles ont été transmises par les gendarmes de Crest au funérarium des pompes funèbres Arole, situées au 2 avenue Henri Grand. C’est après le choix de la famille de changer de pompes funèbres que l’erreur a été commise. Ce faux pas résulte sans doute, avant toute chose, d’un problème de communication entre les deux entreprises : le gérant des pompes funèbres Vallon assure avoir respecté les consignes qui lui avaient été transmises par l’agence Arole pour récupérer la dépouille, quand bien même il a quitté leurs locaux avec le corps du mauvais homme. Et le plus étrange reste encore à venir.

Avant la veillée funèbre, pour s’assurer de l’identité du défunt, le gérant présente son corps à son frère. Avec un peu d’hésitation, ce dernier confirme : même s’il est difficile de le reconnaître en raison d’une légère décomposition, il s’agit bien là de la dépouille de son parent, et la veillée peut commencer.

Le scandale

Pendant celle-ci, les autres membres de la famille s’alarment. Ils ne reconnaissent pas, dans le cercueil, celui qui a été leur frère, leur fils, leur père. Il existe cependant un moyen de de se débarrasser du doute: le défunt devrait disposer d’une cicatrice sur la jambe. Le corps qui se trouve sous les yeux de la famille une fois la couverture levée, lui, n’en a aucune. Rapidement, la consternation cède à l’indignation. Deux jours plus tard, la famille porte plainte contre les deux agences de pompes funèbres.

Malgré son omniprésence dans les journaux, ce n’est pas le frère du défunt qui a contacté Le Dauphine Libéré. C’est la fille du mort, qui, encouragée par les gendarmes, a fait la démarche. Mais, que ce soit par peur de l’exposition médiatique ou par regret, elle a fait le choix de ne plus se prononcer publiquement après sa déclaration. Raison pour laquelle la parole du frère domine.

Cependant, une question demeure: pourquoi un tel ressentiment affiché dans les médias de la part du frère quand lui-même était a priori présent au moment où l’erreur est survenue ? Certes, une erreur a été commise. Mais si les précautions prises par les pompes funèbres pour l’éviter ont échouées, ce n’est pas entièrement de leur faute. Quand les cas des deux défunts sont si extraordinairement similaires, quand même un membre de la famille n’arrive pas à les différencier, peut réellement jeter l’ensemble du blâme sur les établissements funéraires ?

Toujours est-il que le lundi 3 juillet 2015 n’a pas été une sombre journée uniquement pour les familles endeuillées. «Nous, on se lève chaque matin et on se met en quatre pour s’occuper des défunts », dit le gérant des pompes funèbres Vallon. «  Rater la présentation d’un corps, c’est notre cauchemar à tous. Ce jour-là, nous n’avons pas pu faire notre travail. »

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